Physiothérapie - La technologie peut-elle favoriser l’activité physique ?

Physiothérapie – La technologie peut-elle favoriser l’activité physique ?

Physiothérapie – La technologie peut-elle favoriser l’activité physique ?

Commençons par un exemple tiré de la vraie vie. Un jeune adulte fibro-kystique arrive à la clinique avec un podomètre, un appareil calculant le nombre de pas que fait une personne en une journée. Le patient m’explique qu’il y a une compétition à son bureau pour savoir quelle équipe pourra réaliser la plus importante augmentation du nombre de pas par jour. Lorsque je lui demande si le fait d’avoir un podomètre l’aide, il me répond que ce qui l’encourage le plus à devenir plus actif est le sentiment de faire partie d’une équipe, l’obligation de contribuer au succès de son équipe et l’appui de ses coéquipiers. Sans le soutien du groupe, le patient avait l’impression que le podomètre ne lui aurait pas donné une motivation suffisante pour accroître son activité physique.

Nous disposons aujourd’hui de preuves considérables indiquant que l’activité physique est bénéfique pour tout le monde, y compris pour les personnes atteintes de fibrose kystique. L’activité physique présente des bienfaits évidents sur le plan physique: amélioration de la capacité et de la performance, maintien de la fonction pulmonaire, facilitation de la toilette bronchique et préservation d’une ossature saine. Au-delà de ces bienfaits, déjà considérables, l’activité physique apporte également un sentiment de bien-être et de réalisation de soi.

Mais il arrive souvent que nous ne pratiquions pas le degré d’activité physique qui serait bénéfique pour nous. Par exemple, on recommande que les enfants fassent une heure par jour d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse, au moins cinq jours par semaine. Malgré cela, au Canada, à peine 40 % des enfants sont aussi actifs physiquement 1. Si tout le monde mentionne le manque de temps
comme obstacle à l’exercice d’activités physiques, on observe différentes motivations, en fonction du sexe. En effet, les hommes sont attirés par le côté physique de l’exercice (sueur, essoufflement), alors que les femmes sont davantage motivées par l’idée d’être acceptées par leurs pairs et d’améliorer leur image corporelle 2.

Il est souvent difficile d’adopter seul un mode de vie plus actif. C’est pourquoi de nombreux groupes ont mis sur pied des programmes visant à motiver les gens à accroître leur activité physique et à maintenir par la suite ce niveau d’activité. Pour réussir, un programme doit être axé sur l’autodiscipline, l’établissement d’objectifs graduels et une rétroaction personnalisée qui favorise la connaissance de ses propres capacités 3. De plus, le programme doit être flexible, de manière à pouvoir être adapté, par exemple, pour prendre un jour de congé. Il fonctionne mieux si les participants peuvent enregistrer et soumettre leurs données chaque jour; les téléphones intelligents, les textos et Internet favorisent cet aspect. Une méthode de suivi joue un rôle fondamental dans le renforcement et le maintien des habitudes. Un bon programme doit donc aider les participants à établir des réseaux de soutien, notamment des amis et membres de leur famille.

Un aspect que partagent la plupart des programmes consiste en l’utilisation d’appareils pour enregistrer l’activité physique. L’un des plus couramment utilisés est le podomètre. Comme mentionné précédemment, le podomètre enregistre le nombre de pas qu’une personne fait. Le podomètre a l’avantage d’être peu coûteux. De plus, grâce à sa fonction d’enregistrement, il peut offrir un portrait visuel cumulatif qui aide à établir des objectifs (par exemple, augmenter son activité de 1 000 pas par jour) et à constater ses habitudes personnelles en matière d’activité physique 4, 5. Cependant, le podomètre ne peut enregistrer l’intensité de l’activité physique, ni les changements soudains pendant l’activité. De plus, il ne peut être utilisé pour des activités physiques comme la natation ou l’haltérophilie, qui ne comportent pas de marche.

Dans le cadre d’un programme d’entraînement personnel, le podomètre peut encourager les gens à devenir plus actifs 6. Un programme utilisant un podomètre peut-il être mené uniquement sur Internet, sans contact personnalisé avec les participants ? Les résultats d’une étude utilisant un programme sur Internet auprès de volontaires en bonne santé indiquent une réduction du temps d’inactivité et un meilleur maintien du niveau d’activité physique 7.

Par ailleurs, des podomètres ont été utilisés pour surveiller l’activité physique chez des patients atteints de fibrose kystique 8. Dans le cadre de cette étude, on a observé une augmentation du nombre de pas ou de pas à l’heure, de même qu’une diminution de la fréquence des périodes d’inactivité (en position assise ou couchée) déclarées par les patients. En outre, le nombre de pas à l’heure était plus important chez les patients ayant une meilleure fonction pulmonaire. Toutefois, si l’on compare les périodes où les patients étaient malades et devaient subir un traitement antibiotique aux périodes où ils allaient bien, presque tous les enfants avaient augmenté leur nombre de pas et de pas à l’heure lorsqu’ils allaient bien, alors que seulement la moitié des adultes avait accru leur nombre de pas ou de pas à l’heure. Par ailleurs, les résultats d’une autre étude utilisant un moniteur d’activité physique indiquent une augmentation de l’activité physique chez les patients fibro-kystiques entre leur admission à l’hôpital et leur congé, lorsqu’ils sont revenus à leur état de santé habituel 9.

Ces résultats indiquent que les moniteurs d’activité physique, lesquels sont souvent utilisés pour mesurer l’accélération et d’autres fonctions du corps, pourraient fournir un portrait plus précis de l’activité des patients. Les appareils qui mesurent l’activité physique sont de plus en plus variés et sophistiqués. De tels appareils ont été mis à l’essai dans le cadre d’une étude auprès de patients fibro-kystiques 10. Cette étude a conclu que l’appareil surestimait l’énergie dépensée dans les activités de faible intensité, alors qu’il sous-estimait la dépense d’énergie lors d’activités intenses. Avec les téléphones intelligents, on assiste à une multiplication des applications destinées au suivi ou à la motivation, le tout souvent accompagné d’appareils de surveillance. Il existe toutefois très peu de documentation portant sur le degré d’exactitude de ces applications.

Par ailleurs, les jeux vidéo peuvent offrir un renforcement positif et sont facilement accessibles 11. L’introduction de jeux actifs à un jeune âge pourrait favoriser le choix de tels jeux. Cependant, ces jeux sont plus efficaces lorsque le choix est personnel, et non imposé. Un aspect important des jeux vidéo dans l’activité physique est le renforcement positif qu’ils offrent, comme les points, en plus d’encourager l’atteinte d’objectifs à long terme, comme l’acquisition de nouvelles habiletés.

Une question importante au sujet des jeux vidéo est de savoir s’ils offrent une expérience d’entraînement adéquate. Une façon simple d’estimer si l’effort de l’activité est suffisant consiste à employer l’équivalent métabolique (MET). Il s’agit du multiple du métabolisme de repos qui sert à mesurer la consommation en oxygène. Par exemple, un exercice d’intensité modérée exige 3 MET, ou trois fois la consommation d’énergie au repos, alors qu’une activité vigoureuse demande 6 MET. Malheureusement, la plupart des jeux populaires étudiés à ce jour (par exemple, Dance Dance Revolution, Wii Sports Boxing) atteignent une demande de 3 MET au mieux. Les jeux et systèmes plus récents n’ont pas encore été étudiés et devront démontrer qu’ils offrent véritablement un entraînement adéquat. Pour choisir un jeu, il faut tenir compte de ses préférences personnelles 12. On observe des différences entre les hommes et les femmes en ce qui a trait aux préférences en matière de jeux. Il vaut donc la peine de discuter avec d’autres de leur expérience avec les jeux et les plateformes, et il est préférable d’essayer le jeu avant d’en faire l’achat. Un autre point important au sujet des jeux vidéo : l’intérêt diminue rapidement. Les activités de groupe favorisent quant à elles l’utilisation des jeux, et les médias sociaux permettent à de telles activités de se dérouler dans l’espace virtuel. Applaudir votre enfant ou votre partenaire, sans participer vous-même, ne l’aide pas; il faut que tout le monde participe.

Nous savons qu’avoir un mode de vie actif est bénéfique pour la santé de tous. Nous avons tous besoin d’encouragement et de soutien. Divers appareils, applications de téléphone intelligent et jeux vidéo peuvent aider, mais ils doivent être accompagnés d’éléments clés : des objectifs personnels qui évoluent avec le temps et les progrès; de la rétroaction, immédiate, mais également au moyen d’interactions régulières; et la capacité de maintenir la stimulation et le plaisir.

Pour conclure, je vous informe que le Canada prendra part, avec sept autres pays, à une étude internationale portant sur l’effet d’un programme de motivation à l’activité physique sur la fonction pulmonaire et le bien-être des enfants et adultes
atteints de fibrose kystique. Des patients de Montréal, Toronto et Vancouver participeront à cette étude d’un an dont le début est prévu, dans l’attente du financement, au printemps 2013.

Larry C. Lands M. D., Ph. D. Pédiatre-pneumologue
Clinique de fibrose kystique Hôpital de Montréal
pour enfants Centre de santé McGill

Clinique de transplantation
pulmonaire Hôpital Notre-Dame Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM)

Montréal (Québec) Canada

Références bibliographiques

1. MALINA et KATZMARYK. Food and Nutr Bull, 2006.

2. BUTT et autres. J Physical Activity and Health, no 8, 2011, p. 1074-1083.

3. TUDOR-LOCKE et LUTES. Sports Med, no 39, 2009, p. 981-993.

4. LUBANS et autres. Prevent Med, no 48, 2009, p. 307-315.

5. TUDOR-LOCKE et LUTES. Sports Med, no 39, 2009, p. 981-993.

6. SCHOFLIELD et autres. Med Sci Sports Exer, no 37, 2005, p. 1414-1420.

7. HURLING et autres. J Med Inter Res, no 9, 2007, p. e7.

8. QUON et autres. J CF, 2012.

9. WEIBOLDT et autres. J CF, 2012.

10. DWYER et autres. Respir Med, no 103, 2009, p. 1511-1517.

11. BIDISS et IRWIN. Arch Pediatr Adolesc Med, no 164, 2010, p. 664-672.

12. BARNETT et autres. J Physical Activ Health, no 8, 2011, p. 724-737.Footwear

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