Psychologie – Une trace dans le temps

Une trace dans le temps

 

Avoir plus de temps n’est-il pas un vœu que vous avez tout comme moi déjà fait? Plus de temps dans une journée, dans un week-end ou encore pour les vacances. Êtes-vous de ceux qui courent toujours après leur temps, en ayant l’impression qu’il vous échappe comme le sable d’un sablier qui s’écoule à la vitesse de la lumière?

J’ai une relation bien particulière avec le temps, car ce dernier a marqué ma vie ! Oui, marqué, car à un moment donné, j’ai eu peur de ne pas en avoir assez, même de ne plus en avoir du tout. Parfois, ce temps m’a aussi semblé durer une éternité.

Mon sage du temps

J’ai le privilège de partager ma vie avec un grand « sage du temps ». Ce sage du temps et du moment présent a 14 ans et c’est mon fils Pier-Olivier. Le 8 décembre 2010, la veille de sa troisième chirurgie cardiaque, il m’a dit comme ça, avec son cœur d’enfant : « Tu sais, maman, peut-être que c’est ma dernière nuit. Peut-être que demain je ne me réveillerai pas après la chirurgie. » Il avait aussi ajouté : « Mais tu sais quoi? Si je ne me réveille pas… bien, je pourrai me dire qu’au moins j’ai eu une mosus de belle vie et pour cela, je te dis merci, maman ! »

Mon petit bonhomme qui avait dix ans à ce momentlà était bien conscient du risque de sa chirurgie, il était bien conscient qu’il était peut-être arrivé à la fin de sa vie, et moi aussi ! Les semaines précédant cette fameuse chirurgie, il avait commencé à nous
faire apprécier chaque moment au cas où ce serait le dernier. Je me souviens entre autres d’un soir au restaurant où il m’avait dit : « Tu sais, maman, c’est peut-être la dernière fois que je viens manger ici. » Cela m’avait touchée droit au cœur. J’ai vu alors mon fils déguster ses côtes levées comme si c’était la dernière fois, m’efforçant bien malgré moi de savourer ce repas en sa compagnie comme si c’était le dernier. Ce soir-là dans le resto, nous étions entourés de gens festoyant qui ne réalisaient probablement pas l’importance du moment présent et la valeur du temps. Et ils ne se doutaient pas qu’à leurs côtés se trouvait un petit garçon pour qui le temps risquait de s’arrêter !

Pier-Olivier vivait l’attente de sa chirurgie en étant pleinement conscient de tout ce qui était important pour lui. Il disait à ses frères : « Hé, mes frères ! On devrait en profiter pour jouer ensemble, car peutêtre qu’on ne pourra plus jouer ensemble bientôt. » J’imagine que je n’ai pas besoin de vous dire que chaque moment passé avec lui devenait très précieux. J’imagine aussi que vous devinez bien à quel point nous pouvions savourer ces petits moments… comme s’ils devenaient des cadeaux ! Vous en avez, vous aussi, de ces petits moments à savourer? Ce genre de petits moments que vous aimeriez recommencer demain matin?

Il y a une citation de Confucius qui dit : « On a deux vies et la deuxième commence lorsqu’on se rend compte qu’on n’en a qu’une. » Et c’est bien vrai !

Quand on ne sait plus combien de temps il nous reste, que l’on pense que c’est peut-être la fin, on se retrouve alors avec le temps dans les mains comme un cadeau ! Comme par magie, il survient alors un alignement de nos valeurs, de nos désirs et de nos priorités. Et c’est là que nous utilisons le seul pouvoir que nous avons sur la situation, qui est celui de décider de ce que nous voulons faire de ce temps. Croyez-moi, c’est ce que je voulais faire, garder ce temps précieux pour ce qui est vraiment important pour moi !

Le plus beau mandat du monde

À la naissance de Pier-Olivier, nous avons décidé, mon mari et moi, que je demeurerais à la maison pour l’accompagner dans sa maladie. Il avait alors 50 % de chances de survie… donc peut-être la moitié moins de temps ! J’ai fait le choix de garder mon temps pour lui et j’ai quitté mon travail, j’ai abandonné ma carrière et je me suis donné le plus beau mandat du monde : celui d’être vraiment présente pour lui et de faire en sorte qu’il passe de belles journées au cas où ce seraient les dernières. Je voulais qu’il vive une belle vie malgré ses difficultés. Et c’est en le côtoyant avec les hauts et les bas de sa maladie que l’être humain que je suis a connu sa plus grande transformation. J’ai alors développé une grande motivation pour le bonheur !

La vie est bonne pour nous, car Pier-Olivier a maintenant 14 ans et sa santé est stable. La maladie est encore présente et elle nous rappelle au quotidien que la vie est fragile, mais qu’elle vaut tellement la peine d’être vécue et de prendre le temps !

Faites-vous ce qu’il faut pour la vivre pleinement votre vie?

Que feriez-vous de différent si vous saviez que vous étiez peut-être à la fin? La veille de la chirurgie de Pier-Olivier, lorsqu’il m’a remerciée pour cette belle vie, je n’ai pu que renouveler mon mandat pour lui ! Et du coup, j’ai pris un engagement avec moi-même : celui de laisser une trace dans la vie des gens en partageant notre histoire et nos apprentissages. Je désirais faire en sorte que les gens qui croisent ma route aient envie de vivre pleinement leur vie. Leur laisser une trace ensoleillée…

Chacun de nous naît avec le but de suivre une voie qui lui est propre, non pas afin d’arriver à une certaine destination, mais de vivre une série d’expériences qu’il est destinée à connaître pendant sa vie. Nous laisserons tous, que nous le voulions ou non, une trace de notre passage sur terre.

Le désir d’immortalité et la peur de tomber dans l’oubli sont souvent des motivateurs à vouloir réaliser de grandes choses, à nous démarquer afin de laisser une trace derrière nous et que notre nom soit inscrit dans l’histoire. Plus les traces qu’on laisse sont utiles et belles, plus elles traverseront le temps.

Mais quelles sortes de traces laisserons-nous?

Que nous soyons connus ou non, que nous ayons réalisé de grandes ou de petites choses, à la fin de notre vie, on parlera davantage de notre façon d’être que de nos exploits. On se souviendra de nos qualités, de notre gentillesse, de notre façon de respecter les gens et d’agir avec eux, de nos petites attentions, de notre façon de vivre et de notre façon « d’être », simplement.

Et vous, de quelle façon vivez-vous votre vie? Vous êtes-vous déjà demandé de quoi les gens se souviendront lorsqu’ils penseront à vous? Quel héritage vous préparez-vous à laisser? Je ne parle pas ici d’héritage financier, mais bien de « traces positives » !

Laisser des traces positives au quotidien dans notre façon de faire et notre façon d’être

En y pensant bien, nous laissons tous une trace dans la vie de chaque personne que nous rencontrons, qu’elle soit positive ou négative. La magie de notre sourire et de notre gentillesse peut marquer profondément la vie de la personne qui croise notre chemin. Tout comme notre « air bête » et notre indifférence peuvent lui laisser un goût amer ! Ne laissez personne quitter votre route sans qu’il y ait gagné quelque chose, que ce soit un baume pour son cœur blessé, un conseil, une idée, une motivation vitaminée pour égayer sa journée, un rayon de votre soleil que vous aurez partagé !

Serez-vous magicien pour quelqu’un aujourd’hui? Peut-être qu’aujourd’hui, c’est vous qui en avez rencontré un? Nous sommes tous tôt ou tard marqués par un de ces magiciens !

C’est dans les petits gestes et les petites attentions que nous utilisons notre pouvoir d’illuminer la vie des gens ! Agir avec autrui en étant conscients de notre magie est l’une des bonnes façons de contribuer à un monde meilleur et de laisser des traces positives pour l’humanité. Soyez donc contagieux !

L’art de laisser des traces positives, le plus bel héritage !

Selon moi, le plus bel héritage à laisser est celui de vivre à fond cette vie qui nous est offerte, sans avoir de regrets. C’est écouter la voix voix de notre cœur en nous demandant le soir avant de nous endormir : « Est-ce que la façon dont je vis actuellement me fera m’engager sur la voie du regret ou sur la route de la satisfaction? » Écouter son cœur, c’est demeurer fidèle à la vie que l’on a choisie et à la personne que l’on désire être. C’est vivre ses passions et réaliser pleinement sa mission de vie tout en inspirant les autres à faire de même. N’est-ce pas en rayonnant de bonheur que nous invitons les autres à suivre nos traces?

Marilyne Petit
Auteure, conférencière et coach professionnelle
Québec (Québec) CanadaAdidas