Tout savoir sur la fibrose kystique

Un kilomètre à la fois

coverFR2016

Témoignage de Sophie Jacob
St-Eustache (Québec)
Extrait du SVB2016

 

Bonjour, je m’appelle Sophie Jacob, une jeune femme heureuse de 34 ans, camionneuse et animatrice de réseaux sociaux. Je suis également auteure du livre Un kilomètre à la fois. J’ai reçu un diagnostic de  fibrose kystique à l’âge de 6 mois, et j’ai réussi à surmonter les pronostics pour enfin jouir de ma présence dans ce bel univers. Mais, le chemin ne fut pas rose…

Après une adolescence rocambolesque, je suis devenue une jeune femme agitée. J’avais beaucoup de rêves à réaliser, mais étant victime de la fibrose kystique, je ne trouvais pas les moyens de me réaliser, ni de m’épanouir. Je ne pouvais pas vivre comme les autres jeunes femmes de mon âge. J’étais célibataire, instable et sans emploi. J’étais également en colère, furieuse de rencontrer de nombreux échecs, et de passer trop de temps à l’hôpital. Je n’acceptais pas d’être née sous une mauvaise étoile.

En 2006, mon comportement et mon état dépressif m’amenaient à consulter les docteurs pour une autre raison que la FK. Après une rencontre de quelques minutes avec un psychiatre, j’ai été diagnostiquée bipolaire. La raison était fort simple! Cela faisait plusieurs années que je vivais des hauts et des bas, des moments d’exaltation entrecoupés de moments de dépression. La vie n’était pas facile, surtout avec la FK.

À partir de ce moment, un nouveau combat s’était ajouté, celui de comprendre le sens de ma douleur, et d’ajuster ma nouvelle médication pour ne pas vivre comme un légume. Chaque rendez-vous avec un psychiatre me rendait encore plus dépressive, retournant toujours dans le passé pour remuer de mauvais souvenirs. Mon âme était en train de mourir dans un corps de plus en plus malade.

Un beau matin, alors que je regardais ma vie défiler en me tournant les pouces, une pensée s’était infiltrée dans ma tête sans demander la bienvenue. Elle me disait sans cesse : « Tu es victime de ton malheur ». Ce fut long, mais j’ai fini par en comprendre le sens… La seule raison pour laquelle j’étais morte dans un corps malade, c’était que je m’étais convaincue que ma vie s’en résumerait à cela.

Cette révélation m’apportait quelque chose de nouveau, la conscience, puis l’ambition. J’étais maintenant décidée à changer ma façon de concevoir ma vie, et encore plus à réaliser mes rêves. J’allais cesser d’avoir peur d’être malade avant d’être malade, et j’allais vivre. Ce ne fut pas de tout repos, mais face à chaque obstacle, je me disais « un pas à la fois » peu importe la grandeur du pas. Quand je tombais, je reprenais mon souffle et je me relevais. Quand les autres tentaient de me tirer vers l’arrière, je me sauvais… droit devant! Ma décision était prise, j’allais respecter l’engagement que j’avais pris au plus profond de mon cœur. J’allais devenir camionneuse. Mais, ce long cheminement m’obligeait à faire de grandes introspections…

Je réalisais dans mon cheminement que, à cause des nombreux deuils auxquels nous devons régulièrement faire face avec la FK, j’avais accumulé beaucoup de tristesse et de désarroi. À cause des échecs, et parfois du rejet, j’avais accumulé de la frustration et de la déception. Parce que j’étais malade, je me voyais comme un humain imparfait. Mais, diable! Y a-t-il vraiment des humains parfaits? Ma perception de la vie était faussée, et ce n’était pas parce que j’étais « bipolaire ». C’était parce que j’étais émotive, et que je ne savais pas comment canaliser mes émotions.

J’ai également réalisé une chose, dans mon processus de guérison, c’est que les émotions ne découlent pas des situations, mais bien de nos interprétations et de nos expériences. Quand les gens se comparent à moi en me disant « Oh, je devrais arrêter de me plaindre, toi tu vis bien pire avec la FK », c’est complètement faux! L’émotion qui découle de son obstacle, c’est la même émotion qui découle du mien. Si cette personne n’arrive pas à canaliser cette émotion adéquatement, son bobo peut la faire souffrir bien plus que je ne souffre de la FK!

Ce qui est différent, ce n’est pas la FK, ce n’est pas l’obstacle, mais bien notre capacité à l’interpréter adéquatement, et à rebondir! Le combat, il n’est pas physique… Le combat, il est intérieur, et il se vit chaque jour, pour tout le monde.

En prenant conscience de cela, je n’avais plus le choix de cesser de me voir comme une victime de la FK. J’ai également changé ma perception des autres. Si moi, lorsque je suis émotive et sur le point de déborder, de façon consciente ou inconsciente, je change ma perception des gens, des situations et que je change mon comportement pour me protéger… c’est la même chose pour les autres! Nous sommes tous humains. Et nos réactions aux situations ne dépendent pas que de si on est bon ou mauvais! Elles découlent de nos expériences elles aussi, et de nos interprétations.

À partir de ce moment, j’ai commencé à pardonner aux gens qui n’ont pas un comportement harmonieux avec moi (sans pour autant les garder dans ma vie). J’ai pardonné aux gens qui m’ont fait du mal, et je me suis pardonnée pour le mal que j’ai pu faire aussi. Nous voulons tous être heureux, mais c’est une conquête complexe qui peut vite s’embrouiller quand nos émotions s’en mêlent.

Aujourd’hui, je suis beaucoup plus calme et sereine. Je ne prends plus les choses de manière personnelle. Je me donne le droit de m’exprimer clairement, parce que je ne suis pas parfaite, je suis humaine. J’ai réussi à me débarrasser de mon lourd chargement d’émotions négatives, et j’ai maintenant les bras libres pour cueillir du bonheur. Surtout, il est beaucoup plus facile maintenant de prendre des décisions, et de foncer pour faire les choses que j’aime, même avec la FK.

Je prends les moments un à la fois, minute après minute, tels qu’ils le sont. Je n’anticipe pas les obstacles de demain, car la vie se vit aujourd’hui et elle est remplie de surprises, d’opportunités et de rebondissements. Je m’accorde le droit de mettre le genou par terre quand je suis essoufflée, mais toujours dans le but de me relever. J’ai des projets plein la tête, et le cœur ambitieux de réussir et de donner. Je n’y suis pas parvenue en ayant une meilleure santé physique, mais un flot de pensées beaucoup plus saines.

Peu importent les obstacles, et la maladie à combattre, la victoire se gagne de l’intérieur. L’amour et le bonheur proviennent du cœur, on ne les trouvera pas ni dans nos pieds, ni chez les voisins…

À l’aube de l’année 2016, je réalise toutes les choses que j’ai accomplies en 10 ans. J’ai réalisé mon rêve de devenir camionneuse, j’ai traversé presque tous les états américains et provinces canadiennes, j’ai voyagé, j’ai écrit un livre, j’ai un employeur compréhensif et hors pair, une famille et des amis extraordinaires. Tout cela était impensable, en 2006, et pourtant possible, puisque je l’ai fait.

Si moi j’ai pu le faire, vous le pouvez aussi. Nous sommes tous humains, imparfaits, à la conquête du bonheur. Soyez heureux, la santé vous le rendra bien. C’est un beau cadeau à se faire en cette nouvelle année qui vient.

Partager : 
  • Écrire un commentaire

Votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. marie-Pier dit :

    Que je t’aime fort mon amie!!!!
    Je suis si choyée d’avoir croisé ton chemin à ma première hospitalisation au CHUM de Montréal…. et que tu sois encore sur ma route après plus de 10 ans!!!

    Tu es et sera toujours mon inspirante étoile! 🙂
    Tu es une perle à lire… STP n’arrêtes surtout pas d’écrire! oxox

  2. Germain Gaudet dit :

    Quel beau parcours Sophie.
    Ton texte respire le bonheur intérieur.
    Bravo .