Reflux gastro-œsophagien

Reflux gastro-œsophagien

Depuis deux ou trois ans, j’ai des reflux gastriques sévères. Même les antiacides ne parviennent pas à les apaiser. Comment en vient-on à développer ce genre de problème? Pourquoi certaines personnes atteintes de fibrose kystique sont-elles plus vulnérables que d’autres à ce type de complication? Est-il nécessaire de recourir à une chirurgie de l’estomac, et les résultats de l’opération sont-ils vraiment concluants?

Ce dont vous voulez parler est plutôt du reflux gastro-oesophagien, c’est-à-dire le reflux du contenu acide de l’estomac dans l’oesophage (le tube amenant la nourriture de la gorge jusqu’à l’estomac). Il n’est pas anormal d’avoir un peu de reflux; ce qui l’est, c’est d’en avoir beaucoup, car alors l’acidité du liquide gastrique refluant irrite la muqueuse plus sensible de l’oesophage. C’est ce phénomène qui provoque une sensation de brûlure dans la région du sternum (partie supérieure du thorax), et parfois même jusqu’à la gorge. L’irritation peut aussi engendrer des spasmes dans l’oesophage : la douleur est alors ressentie comme un serrement semblable à l’angine de poitrine (douleur cardiaque). Ce problème de reflux est plus fréquent chez les personnes atteintes de fibrose kystique que dans la population en général. Parmi les raisons invoquées, on peut citer d’une part la toux chronique, qui élève la pression à l’intérieur de l’estomac et favorise ainsi le reflux. D’autre part, ce problème peut aussi être causé par un mauvais fonctionnement du sphincter gastro-oesophagien (muscle situé à l’entrée de l’estomac, qui s’ouvre pour laisser passer la nourriture, et se referme ensuite afin de la garder dans l’estomac). Plusieurs éléments influencent la contraction de ce sphincter : le tabagisme, l’alcool, le café et le chocolat peuvent la diminuer. Enfin, des médicaments bronchodilatateurs, comme la théophylline et le salbutamol (Ventolin) produisent également le même effet.

Que faire pour traiter le reflux? Voici d’abord les conseils de base : éviter les gros repas, ainsi que les facteurs qui diminuent la force de contraction du sphincter; éviter aussi de manger avant de vous coucher; et enfin, élever la tête du lit. Nul besoin de discourir sur le tabagisme, dont la toxicité sur le système respiratoire est connue de tous. Quant aux bronchodilatateurs, on ne doit pas cesser leur emploi lorsqu’ils sont nécessaires en traitement respiratoire. En ce qui concerne les médicaments, on utilise d’abord les antiacides, qui neutralisent l’acidité et peuvent suffire lorsque le problème est léger. Toutefois, leur durée d’action étant courte, lorsque le problème est plus important on a recours à des agents qui diminuent la production d’acide gastrique. Les antihistaminiques, dont la ranitidine (Zantac), sont efficaces; l’oméprazole (Losec), appartenant à une autre classe de médicaments, l’est davantage. Si le traitement demeure insuffisant, on peut ajouter des médicaments qui accélèrent la vidange de l’estomac (exemple : Motilium, Prepulsid). Avec toutes ces mesures, on maîtrise la très grande majorité des problèmes de reflux gastro-oesophagien. La chirurgie, solution de dernier recours, n’est pas utilisée fréquemment; bien qu’efficace, elle n’est pas sans risque, particulièrement chez les patients qui ont une atteinte pulmonaire importante.

Dr Michel Ruel

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