Corticostéroïdes : action et effets indésirables

Corticostéroïdes : action et effets indésirables

Il y a quelques mois, mon médecin a jugé opportun de me prescrire un médicament à base de cortisone. Je suis conscient que cette médication devrait atténuer mon asthme. Par contre, je ne peux m’empêcher de penser aux effets indésirables qui sont associés aux corticostéroïdes. Si je comprenais davantage, cela m’aiderait à mieux accepter cette médication. Quelle est la fonction de la cortisone dans l’organisme? Comment se fait-il que ce médicament entraîne de si nombreux effets indésirables?

La cortisone est une molécule qui fait partie de la grande famille des corticostéroïdes. Il s’agit d’une hormone naturelle produite par deux glandes, les surrénales, situées au-dessus de chacun des reins. Cette hormone est essentielle au fonctionnement de l’organisme : sans elle, la survie n’est pas possible. La cortisone joue de multiples rôles : elle participe au métabolisme des glucides, des lipides et des protéines; elle influence la circulation de l’eau, du sodium et du potassium dans l’organisme; elle joue également un rôle anti-inflammatoire important.

C’est cette dernière propriété qui justifie son emploi comme médicament, non seulement en fibrose kystique, mais aussi pour de nombreuses autres maladies. On peut utiliser la cortisone elle-même comme médicament, mais on utilise plus souvent d’autres corticostéroïdes synthétiques, comme la prednisone, car ils entraînent moins d’effets indésirables tels que la rétention d’eau ou la perte de potassium. Toutefois, tous les corticostéroïdes sont susceptibles d’entraîner des effets indésirables, lesquels sont directement reliés à l’importance de la dose administrée et à la durée du traitement. Les principaux effets sont le gain de poids avec distribution de la graisse au visage et au tronc, l’acné, la tendance à se faire facilement des ecchymoses, le ralentissement de la croissance chez l’enfant, un taux de sucre élevé dans le sang, la décalcification des os et la dépendance de l’organisme à cette substance. En effet, s’il reçoit des doses importantes suffisamment longtemps, l’organisme cesse de produire sa propre cortisone et devient dépendant des corticostéroïdes qu’on lui donne.

Comme la fibrose kystique entraîne une inflammation broncho-pulmonaire sévère, les corticostéroïdes font partie de l’arsenal thérapeutique. Des études cliniques ont démontré l’efficacité des corticostéroïdes en comprimés pour ralentir la détérioration de la condition pulmonaire chez une population d’enfants fibro-kystiques, mais aussi qu’une telle médication provoquait des effets indésirables jugés inacceptables. Aussi réserve-t-on ce médicament à des situations bien précises, dont les principales sont l’hyperactivité bronchique (asthme) associée à la fibrose kystique et l’allergie à un champignon nommé Aspergillus (aspergillose broncho-pulmonaire allergique). Dans ces cas, on essaie toujours de donner la dose efficace la plus faible, et ce, pour le moins de temps possible. Dans certaines circonstances, par exemple pour l’asthme léger, on administre les corticostéroïdes en aérosol, ce qui permet d’éviter une absorption dans la circulation sanguine et, ainsi, d’empêcher tous les effets indésirables décrits précédemment. Il faut toutefois se rincer la bouche et la gorge après l’utilisation pour éviter la prolifération de Candida albicans, un autre champignon, bénin celui-là.

Finalement, il est bon de savoir qu’il se fait actuellement beaucoup de recherches sur d’autres traitements anti-inflammatoires qui auraient moins d’effets indésirables que la cortisone et ses dérivés. Bien que ces traitements soient mieux tolérés, ils ne sont pour l’instant pas aussi puissants que les corticostéroïdes.

Dr Michel Ruel

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