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L’importance de la posture

Le terme posture décrit la position du corps et la relation qui existe entre chacune de ses composantes. Chaque jour, chaque minute, le corps adopte différentes postures, qui peuvent être statiques – comme lorsqu’on est au repos ou que l’on dort – ou dynamiques – comme lorsqu’on marche ou fait du sport1. Toute posture sollicite les muscles, les articulations, les nerfs et les tissus conjonctifs du corps. Une posture peut devenir douloureuse en raison de la pression qu’elle exerce sur certaines ou l’ensemble de ces composantes. Elle est influencée par de multiples facteurs, notamment l’humeur (vous avez déjà remarqué que vos épaules s’affaissent en cas de déprime?), l’environnement, le sexe, l’état de santé général et les habitudes personnelles.

Quelle est la posture idéale?

Une posture idéale permet au corps de maintenir une position sans exercer de pression excessive sur quelque partie de l’ossature ou quelque muscle que ce soit. Par exemple, en station debout, la tête devrait être en position neutre et les omoplates devraient reposer à plat contre le dos, la colonne vertébrale devrait suivre ses courbes naturelles et les genoux ne devraient pas être verrouillés en hyperextension (voir la figure 1). Un moyen simple de vérifier si vous avez une bonne posture debout ou assise est d’imaginer qu’un fil à plomb traverse tout votre corps, comme le montrent les figures 1 et 2.

posture

Pourquoi est-il important de penser à sa posture?

Tout le monde a intérêt à adopter une bonne posture, car elle peut prévenir des blessures et des douleurs dans la vie quotidienne. Le fait d’avoir une bonne posture assise durant les périodes d’étude ou de travail contribue à prévenir les tensions des muscles dorsaux et nucaux qui peuvent causer des douleurs. Puisque l’on passe beaucoup de temps en posture allongée, il est primordial de veiller à ce que son matelas et son oreiller offrent un soutien et un confort optimaux.

Lien avec la fibrose kystique (FK)

Les recherches ont démontré que les personnes atteintes de FK courent un risque élevé d’adopter une mauvaise posture et d’éprouver des douleurs, en plus d’être plus susceptibles de développer de l’ostéoporose ou de l’ostéopénie (réduction de la densité minérale osseuse), qui peuvent entraîner des douleurs et nécessiter des corrections posturales. Parmi les facteurs de risque d’apparition de complications musculaires et osseuses menant à une mauvaise posture, on retrouve entre autres un VEMS réduit, une faible masse maigre, un diabète associé à la FK6, un traitement aux corticostéroïdes, une insuffisance pancréatique, la sédentarité, une carence en vitamine D, une infection pulmonaire chronique, une puberté tardive et la présence du génotype ΔF50814. Les recherches se poursuivent en vue de déterminer si le défaut de la protéine CFTR responsable de la FK (et qui a été repéré dans les cellules osseuses), est la principale cause des complications osseuses, et plus particulièrement de la perte de densité minérale osseuse, ou si les problèmes posturaux sont une complication secondaire de la maladie. Par ailleurs, on a observé que la force musculaire des patients atteints de FK était souvent inférieure à celle de la population générale; les scientifiques tentent de découvrir si cette situation est propre au défaut de la protéine responsable de la FK ou si elle découle du manque d’activité et d’entraînement musculaire, qui est une conséquence des complications de la maladie. On a avancé que l’affaiblissement des fonctions d’expectoration et de respiration, les réactions inflammatoires et la diminution de la fréquence d’activité physique qui accompagnent les infections pulmonaires constituent les principaux responsables des complications posturales. Les infections pulmonaires répétées peuvent altérer la fonction pulmonaire et aggraver la difficulté à respirer. Les muscles du tronc agissent de façon à faciliter la respiration tout en contribuant au maintien de la posture; par conséquent, plus ils sont sollicités pour la fonction respiratoire, moins ils peuvent soutenir la posture. Cette situation soumet l’ossature à des complications posturales ou même à des déformations en raison des forces excessives exercées, par exemple lorsque la personne tousse ou qu’elle se trouve en position voûtée pour une période prolongée. Les infections prolongées ou les périodes d’inactivité peuvent faire en sorte que les tissus mous comme les muscles s’adaptent à des postures de repos non idéales. Par exemple, si les muscles de la cage thoracique sont raccourcis à la suite d’une posture assise où le dos est voûté et les épaules arrondies, il est difficile de redresser la colonne vertébrale et de s’asseoir bien droit. Dans ce cas, il peut être laborieux de faire jouer librement les épaules et de respirer profondément. Parmi les conséquences à long terme de cette posture comptent une moins bonne capacité à effectuer la toilette bronchique et les tests spirométriques, ainsi qu’une diminution de la capacité à pratiquer un exercice, ce qui peut créer un cercle vicieux exposant la personne à un risque accru de contracter des infections respiratoires et d’aggraver encore plus son état de santé.

Qu’entend-on par complications posturales?

Les complications posturales émanent souvent de changements des tissus mous, comme une modification de la longueur des muscles en raison de l’adaptation à une posture non idéale, qui peut réduire la flexibilité ou l’amplitude articulaire. Chez les personnes fibro-kystiques, les parties du corps généralement touchées sont les épaules, la cage thoracique et le haut du dos. L’altération de la fonction musculaire inculque un nouveau sens d’application de la force ou compromet le soutien des os auxquels les muscles sont reliés, les tirant dans des directions non idéales, ce qui peut entraîner des déformations de l’ossature telles qu’une lordose accentuée (appelée dos rond ou cyphose dorsale), laquelle expose la colonne à un risque de fractures vertébrales16. La douleur peut se manifester à toute étape de ces changements, à mesure que le corps s’adapte à ces positions modifiées et que l’amplitude articulaire diminue. Parmi les sources d’inconfort, notons les points de douleur des muscles raccourcis, la pression exercée sur des points faibles du squelette et l’hyperextension des parties du corps en posture non idéale.

Personnes à risque

Les anomalies posturales sont plus fréquentes chez les personnes fibro-kystiques vieillissantes dont la maladie progresse, surtout celles qui sont plus sujettes aux infections respiratoires et aux accès de toux. À ce jour, aucune étude ne révèle la présence d’anomalies posturales chez les enfants de moins de six ans. En revanche, de nombreuses études ont signalé l’émergence d’anomalies musculosquelettiques chez les enfants prépubères, et celles-ci étaient surtout reliées à la perte de densité minérale osseuse. Quant à la population adulte, on observe de plus en plus une douleur causée par l’adaptation posturale, plus précisément une douleur lombaire; certaines études vont même jusqu’à chiffrer cette fréquence à 94 % au sein de ce groupe de patients.

Chez la population adulte non fibro-kystique, la prévalence de la douleur lombaire au cours de la durée de vie serait de 50 à 80 %, ce qui laisse croire que les patients atteints de FK sont plus sujets à éprouver une douleur lombaire. Avec la perspective encourageante de voir se prolonger la longévité des personnes atteintes de FK, il est probable que nous verrons apparaître davantage de complications posturales en raison de maladies osseuses reliées à la FK qui accompagnent l’usure due au vieillissement et à un mode de vie plus actif. Il est donc important que toute personne atteinte de FK soit consciente de la probabilité de développer des complications posturales et sache quoi faire pour y remédier.

Que faire?

La perte de densité minérale osseuse est liée aux complications posturales, d’où l’importance cruciale de respecter rigoureusement la prise de vitamine D et de calcium, puisque ces suppléments contribuent à la construction et au maintien d’os solides. Environ 90 % de la densité minérale osseuse des adultes s’acquiert durant l’adolescence; comme la masse osseuse atteint son apogée entre 20 et 30 ans, c’est à cet âge qu’il importe de consolider la masse osseuse. La prévention des maladies osseuses et des complications posturales passe donc par la consultation de votre diététiste de la clinique de FK, qui optimisera la dose de suppléments vitaminiques et minéraux, et par le maintien d’un poids santé.

Chez la population non atteinte de FK, il a été démontré que les exercices avec mise en charge (p. ex., le saut) favorisent l’atteinte de la masse, de la résistance et de la taille osseuses optimales, tout en limitant la déperdition osseuse. Des recherches ont prouvé les effets bénéfiques des exercices avec mise en charge sur les os des jeunes adultes, effets qui peuvent se prolonger pendant la vie adulte. Un groupe de spécialistes des maladies osseuses liées à la fibrose kystique a rédigé un document consensuel qui recommande aux patients fibro-kystiques de pratiquer des exercices avec mise en charge en vue d’atténuer les effets des maladies osseuses.

Le meilleur moyen pour lutter contre les complications posturales est de prévenir leur apparition, d’avoir toujours conscience de votre posture et de vous étirer après avoir été dans une posture non idéale; il s’agit là de trucs simples qui vous permettront d’adopter une bonne posture au quotidien. Il peut aussi être très utile de demander conseil à votre physiothérapeute, car il pourra vous suggérer des positions visant à optimiser votre posture et pouvant être combinées aux thérapies avec nébuliseur ou aux techniques de toilette bronchique. Pensez à faire vérifier votre posture lors de l’examen annuel auprès de l’équipe de FK. Celle-ci peut attirer l’attention sur des régions névralgiques ou vous proposer des exercices permettant de corriger une posture non idéale ou des étirements pour les groupes musculaires crispés. Souvent, il est possible de rectifier soi-même sa posture dans la vie de tous les jours sans accroître la charge de traitement. Si les problèmes s’aggravent, par exemple si vous ressentez une douleur lombaire due à une mobilité spinale réduite, un traitement par manipulation peut s’avérer efficace pour soulager l’inconfort. Votre physiothérapeute évaluera la nécessité de recourir à ces types d’intervention.

Plan d’action pour adopter une posture optimale

1. Évaluez votre posture
Vous pouvez autoévaluer votre posture en vous assoyant ou vous tenant debout devant un miroir. Imaginez ensuite qu’un fil de plomb traverse votre corps de la tête aux pieds (figures 1 et 2) et tâchez d’ajuster votre position pour qu’elle corresponde à la posture idéale. Parlez à votre physiothérapeute au sujet de votre posture et demandez-lui de la vérifier; il pourra ensuite vous aider à dresser un plan de gestion de la posture, qui peut prévoir une gamme d’interventions allant de la prise de conscience de votre posture tout au long de la journée à la pratique d’exercices ciblés qui traitent les régions problématiques.

2. Optimisez votre régime alimentaire
Il est essentiel de communiquer avec votre diététiste de la clinique FK pour vous assurer que votre régime alimentaire est optimal pour la santé de vos os. Veillez entre autres à ce que votre alimentation contienne les doses indiquées de vitamine D et de calcium ou prenez les suppléments qui vous ont été prescrits, le cas échéant, en plus de maintenir un poids santé; toutes ces mesures vous aideront à prévenir les problèmes posturaux.

3. Faites des activités avec mise en charge
Quel que soit votre âge, les exercices avec mise en charge sont reconnus pour contribuer à la santé des os, laquelle aide à prévenir les complications posturales. Deux types d’exercices sont particulièrement recommandés : les exercices avec mise en charge dynamique comme le saut ou ceux avec mise en charge irrégulière comme les jeux de ballon ou la gymnastique, qui impliquent de nombreux changements de direction subits. Pour solliciter toutes les parties du corps, vous devrez varier le groupe musculaire qui porte la charge : par exemple, pour renforcer vos muscles supérieurs, soutenez le poids de votre corps à l’aide de vos bras comme lors d’exercices de yoga ou de gymnastique; pour fortifier vos muscles inférieurs, faites porter le poids par vos jambes en pratiquant des sauts. Souvenez-vous que ces activités procurent également des bienfaits sur votre capacité respiratoire et votre santé générale, vous permettant ainsi d’améliorer plusieurs fonctions à la fois!

4 . Préservez votre souplesse
Le corps est capable de maintenir des postures idéales sans difficulté lorsque ses muscles peuvent se contracter de façon optimale. En améliorant la souplesse de vos muscles, vous pourrez avoir une bonne posture en plus de prévenir les douleurs causées par des tractions inégales exercées sur le squelette en raison de muscles crispés. Étirez-vous bien après avoir fait des exercices afin de prévenir le raccourcissement de groupes musculaires. Le yoga et le taï-chi sont reconnus pour améliorer la posture, la force et la souplesse tout en procurant des effets positifs sur l’humeur et de possibles bienfaits pour la densité minérale osseuse

5. Prévenez les blessures
Si vous souffrez d’une perte de densité minérale osseuse ou d’ostéoporose (que votre équipe médicale aura diagnostiquée à l’issue d’un examen par ADEX), il est important de poursuivre la pratique d’exercice tout en veillant à ne pas vous exposer à des risques de blessures. Vous n’avez qu’à suivre ces quelques principes simples : évitez les exercices ou activités qui impliquent la courbure, la flexion ou la torsion de la colonne vertébrale et limitez les exercices avec forte mise en charge afin d’atténuer le risque de fracture d’un os. Il est recommandé de consulter un spécialiste de l’activité physique ou un physiothérapeute pour obtenir des conseils sur la progression adéquate de l’activité, sur la façon d’étirer et de renforcer les muscles sans se blesser et sur les moyens de corriger de mauvaises habitudes posturales.

Gemma Morgan, physiothérapeute spécialiste de la fibrose kystique chez les adultes
NHS Foundation Trust, Hôpital Royal Brompton & Harefield, Londres (Royaume-Uni)

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