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De l’angoisse aux attaques de panique

Publié dans le SVB 2006

Angoisse, peur, anxiété, appréhension, crainte, effroi, terreur, affolement, panique… Tant de mots pour décrire l’état dans lequel vivre tourne au cauchemar. L’angoisse s’avère indissociable du langage et constitue le fondement de notre humanité. Cependant, il arrive qu’elle se fasse envahissante et s’accompagne d’expériences souffrantes, telles les attaques de panique.

L’angoisse, c’est ce qui sous-tend tous les troubles anxieux. L’angoisse n’a pas d’objet. Elle vient à la place de quelque chose qui ne peut être nommé. C’est pourquoi dans l’angoisse, on ne sait pas de quoi on a peur. C’est comme se battre contre un ennemi, la mort par exemple, dont on ne saurait absolument rien… L’angoisse ignore de quoi elle s’angoisse.

La peur : une émotion fondamentale… qui déraille parfois

Même s’il peut être désagréable de la ressentir, la peur est nécessaire à la survie de l’individu. En effet, par la réaction d’alarme qu’elle déclenche dans le corps, la peur permet de se protéger face à un danger. L’anxiété, quant à elle, permet de se préparer à l’affrontement d’un danger. Ces émotions favorisent donc la capacité à prendre soin de soi; à la condition qu’elles ne prennent pas des proportions démesurées.

Assurément, la ligne de démarcation entre une peur normale et une peur maladive n’est pas facile à tracer. Mais lorsque la peur entrave le fonctionnement d’un individu, qu’elle envahit plusieurs sphères de sa vie, qu’elle survient en l’absence d’un danger réel ou qu’elle est disproportionnée par rapport au danger, ce n’est pas normal. Et cet état, bien que souffrant et épuisant, peut se soigner.

Qu’est-ce qu’une attaque de panique ?

L’attaque de panique est une réponse d’alarme à l’angoisse. Ce type de réponse survient de façon spontanée, généralement à l’extérieur de la maison, en l’absence d’un danger réel et dure  plusieurs minutes. L’attaque est composée de symptômes physiques envahissants – essoufflements, tremblements, nausées, palpitations, transpiration, douleur thoracique, étourdissements, etc. – et de pensées envahissantes – peur de mourir, de devenir fou, sentiment que tout est irréel, sentiment d’être détaché de soi, en dehors de son corps.

Environ 15 % de la population adulte connaîtra une attaque de panique au cours de sa vie. De ce groupe, de 3 à 4 % développeront un trouble panique (attaques de panique récurrentes). La fréquence des attaques de panique peut varier de plusieurs fois par semaines à quelques fois par mois. Les gens qui en souffrent développent souvent une crainte intense de revivre d’autres attaques de panique, surtout dans un endroit public. S’installe alors la peur d’avoir peur. Ils tenteront donc d’éviter toutes les situations pouvant déclencher une attaque de panique (aller au cinéma, prendre le métro, se présenter à leurs rendez-vous à la clinique, etc.) et sacrifieront ainsi une part importante de leurs activités quotidiennes.

Les symptômes physiques ressentis lors d’une attaque de panique sont principalement causés par l’activation du système nerveux central (libération d’adrénaline). Ces symptômes semblent particulièrement menaçants pour la personne soumise à une attaque de panique, car ils provoquent l’impression d’une perte complète de contrôle, la sensation d’être coincé et la crainte d’être jugé par les autres. Cette crainte amplifie souvent l’anxiété et la panique.

La tension modifie la respiration (accélération des inspirations et expiration insuffisante), provoquant ainsi l’hyperventilation et les sensations d’étouffement et d’essoufflement. Les malaises thoraciques et les palpitations cardiaques ne représentent pour leur part qu’une conséquence de la tension et de la libération d’adrénaline. Ils disparaissent habituellement d’eux-mêmes en l’espace de quelques minutes. De plus, vous pouvez les soulager en bougeant.

Attention, les exercices simulant l’hyperventilation ne sont pas conseillés pour les personnes souffrant de difficultés respiratoires sévères, à moins d’avis contraire de votre médecin. Cependant, il est possible d’apprendre à « bien » respirer. N’hésitez pas à demander des conseils et exercices à un physiothérapeute connaissant votre état de santé.

Pourquoi moi ?

1) Facteurs prédisposants : Vulnérabilité biologique et psychologique Certaines personnes seraient génétiquement plus vulnérables que d’autres aux diverses manifestations de l’anxiété ou apprendraient à percevoir l’anxiété comme une émotion nuisible.

2) Facteurs précipitants : stress physiques, psychosociaux et chroniques L’apparition d’une attaque de panique peut être favorisée par certains facteurs qui placent la personne dans une situation où ses mécanismes d’adaptation ne sont plus efficaces.

Parmi ces facteurs, notons les situations où les malaises physiques font irruption de façon brutale et accentuent la peur de perdre le contrôle. Par exemple, pendant ou après une hémoptysie (crachement de sang provenant de l’appareil respiratoire), une intervention médicale, une diminution de la capacité respiratoire ou la prise de médicaments ou de drogues.

Les stress psychosociaux contribuent eux aussi à rendre une personne plus vulnérable. Parmi ceux-ci, on retrouve les pertes (rupture amoureuse, déménagement, mort d’un être cher, dégradation de l’état de santé, etc.), les traumatismes (agression, abus, etc.) et les modifications importantes du style de vie (hospitalisation, utilisation d’un respirateur, etc.).

Enfin, les stress chroniques sont des tensions majeures qui perdurent. Par exemple, on peut parler de stress chronique dans le cas d’une personne atteinte d’une maladie chronique avec laquelle elle a de la difficulté à « cohabiter », en attente d’une greffe, éprouvant des problèmes financiers, conjugaux ou professionnels. Comme ces situations amplifient considérablement le niveau de stress général, il faut les régler. Si cela n’est pas possible, il est nécessaire de développer une façon plus agréable de s’en accommoder.

3) Facteurs de maintien : mauvaises interprétations, interprétations catastrophiques et comportements d’évitement et d’échappement. Certains facteurs contribuent à entretenir la présence d’un trouble panique. La mauvaise interprétation des sensations physiques en est un exemple. En effet, il arrive que des sensations soient interprétées comme le signe que quelque chose ne va pas « physiquement », alors qu’en fait il s’agit de la manifestation d’une émotion.

Comme aucun danger externe n’est perçu lors d’une attaque de panique, la personne tentera de trouver à l’intérieur d’elle-même la cause de son malaise (« c’est parce que je suis en train de mourir, de devenir fou, etc. »). Ces interprétations catastrophiques et la crainte amèneront la personne à faire preuve d’une extrême vigilance face à ses sensations physiques et à scruter continuellement ce qui se passe en elle. Elle entre alors dans un cercle vicieux, puisqu’en portant son attention sur ce qui se passe à l’intérieur d’elle, la personne active et amplifie ses sensations physiques.

De plus, lors d’une attaque de panique, il arrive que la personne cherche à s’échapper de l’endroit dans lequel elle se trouve (sortir du métro). Par la suite, elle cherchera à éviter ces endroits (par exemple, ne plus prendre le métro), ou encore ne s’y rendra qu’accompagnée d’un ami.

Si ces techniques peuvent être efficaces momentanément pour soulager l’anxiété, elles s’avèrent nuisibles à long terme. En effet, elles contribuent à rendre le trouble plus sévère et à le faire perdurer. De plus, ces stratégies minent la confiance en soi, entraînent une perte d’autonomie et accentuent l’isolement.

Que faire lorsqu’on est aux prises avec un trouble panique ?

Lors d’une attaque de panique : La meilleure solution consiste à vous laisser aller et à accepter les sensations physiques que vous ressentez. Au contraire, en tentant de les combattre ou de les contrôler, la panique augmentera et durera plus longtemps. Respirer calmement en expirant longuement permet d’éviter l’hyperventilation. Le fait de vous parler de façon réaliste : « je me sens mal, parce que je vis une attaque de panique, je n’en mourrai pas, j’ai toute sorte de sensations contre lesquelles je ne peux rien et, dans quelques minutes, ce sera fini » calmera la panique. Finalement, il est important de rester dans la situation dans laquelle vous étiez lorsque l’attaque de panique s’est déclenchée.

Traitement psychologique : Pour traiter un trouble panique, le traitement psychologique s’avère efficace à la condition que vous ayez la motivation de changer. Il vous faudra identifier quels sont les facteurs précipitants et les facteurs de maintien. Grâce à divers exercices , vous pourrez apprivoiser les sensations physiques associées à la panique. Enfin, il faudra trouver, avec l’aide d’un manuel d’autothérapie ou encore avec un psychologue, des stratégies pour affronter graduellement les situations et activités que vous évitez.

Traitement pharmacologique : La médication, généralement les anxiolytiques ou les antidépresseurs, permet de soulager l’anxiété et la panique. Toutefois, puisqu’elle n’élimine pas la peur et ne vous apprend pas de nouvelles façons de faire face à l’anxiété, elle devrait idéalement être combinée à un traitement psychologique.

La prévention, ou comment apprendre à gérer le stress : Une « bonne hygiène psychologique » est nécessaire. L’exercice physique constitue une saine habitude qui présente, en soi, des effets apaisants. Tout aussi importante est l’utilisation de diverses stratégies telles que la relaxation, la résolution de problèmes, l’affirmation de soi, la communication, ainsi que la prise de décision.

Conclusion

Si « guérir » l’angoisse s’avère impossible, il est cependant possible de mieux vivre avec elle, notamment en verbalisant ce que l’on vit. Le travail auprès d’adultes atteints de fibrose kystique amène la constatation qu’il est souvent difficile pour eux de parler de leurs angoisses. « Si j’y pense ou si j’en parle, j’ai peur que ça arrive pour vrai » entend-on fréquemment. Mais, « il n’existe pas de pensées dangereuses, pour la simple raison que le fait de penser est, en lui-même, une entreprise très dangereuse. Mais ne pas penser est encore plus dangereux » (Hannah Arendt).


Par Nathalie Jacques, M.Ps. Psychologue
Montréal (Québec) Canada

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